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 récit d'antoine à la réunion.

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michel vidal

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Date d'inscription : 10/01/2008
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MessageSujet: récit d'antoine à la réunion.   Jeu 4 Nov - 22:27

Une diagonale de fous

Pour sa 18e édition, la Diagonale des Fous n’a pas volé son titre. 163 km de chemins techniques et 9 656m+, de quoi inciter à la prudence. « Prudence Créole » est d’ailleurs le nom d’une fameuse équipe réunionnaise, composée entre autres des cousins TECHER et de Marcelle PUY. Les leaders réunionnais sous la marque de la sagesse, c’est un signe qui ne trompe pas. Ils connaissent le programme !
On imagine alors qu’un boulevard s’ouvre pour Kilian JORNET, mais ce n’est pas de cet œil qu’il le voit, puisqu’il annonce avant le départ vouloir parcourir les 90 premiers km accompagné. La tâche à accomplir lui semble à lui aussi énorme.
Pour ma part, c’est avec optimisme que j’entrevois cet ultra, satisfait du rajout des difficultés et de la distance, puisque habituellement je termine toujours avec l’impression de pouvoir continuer. On verra bien.

Notre équipe, constituée de Pascal BLANC, Hervé GIRAUD SAUVEUR, Lionel TRIVEL et moi, prend la route en direction du stade de Saint Philippe ce jeudi soir 21 octobre.
Comme l’an passé, un bouchon se forme à quelques km du stade, et c’est l’arrêt complet. Nous descendons de voiture et continuons à pied pour éviter un stress inutile. Après trente minutes de marche, bien chauds, dans l’ambiance, nous entrons dans le stade, et après un bref contrôle du matériel obligatoire, nous tentons de nous frayer un passage vers la première ligne, mais c’est trop compact, impossible de s’approcher. Denis BOULLE, coorganisateur, nous appelle enfin.
Dans une ambiance exaltée, tous les favoris sont regroupés dans un petit enclos, dont la seule sortie ne mesure que 5 mètres de large, petit goulot que 2 600 raideurs tenteraient bien d’exploser au coup de starter !
Journalistes, caméras, spectateurs agglutinés, nous y sommes pour de bon. Quelques poignées de mains plus tard, chacun se recueille, prêt à se lancer corps et âme dans l’aventure.

22 heures, au troisième coup de canon, nous nous extirpons du sas, propulsés autant par l’adrénaline que par la crainte de se faire écrabouiller.
Après quelques centaines de mètres bordés d’une foule en fête, je prends mon rythme, laissant filer quelques comètes sous la voûte étoilée. Quel plaisir de s’échapper ainsi, d’humer l’air marin encore chaud d’une journée tropicale.
J’aperçois Kilian sur ma droite qui remonte le peloton. Une cinquantaine de gars sont devant. Les tee-shirts fournis par l’organisation, que nous revêtons tous, commencent à regagner les sacs ou à voler dans les bras des supporters. Ayant fait peau neuve à mon tour, un sentiment de bien-être m’envahit, et je me sens réellement parti pour le Grand Raid, l’Immense Raid devrais-je dire.
Je ne me pose pas de question, connaissant les 50 premiers km. Je profite de l’instant, foulant de mes légères Speed Trail le macadam qui cèdera bientôt la place au chemin de terre, puis à l’enfer rocheux.
Pour l’heure, je rattrape un à un les coureurs, sans heurt, jusqu’à me trouver aux côtés de Pascal et Hervé et, curieusement, de Kilian. Nous menons donc ce début de Grand Raid. Quelle sensation étrange pour moi, qui suis souvent en retrait. Je n’ai pourtant pas une allure soutenue, toujours la même à peu de chose près. Serait-ce le gigantisme de l’épreuve qui effraierait à ce point les trailers ? Sans aucun doute …

Premier ravito, arrêt express, et c’est l’entrée dans le sentier volcan, 1 700m+ en 8 km, goulet étroit, abrupt, redoutable chaos rocheux que seules les racines parcourent avec élégance.
Le nez dans la pente, me faufilant dans la meilleure trajectoire, exercice que j’ai répété mille fois à l’entraînement, je progresse avec économie, laissant les cousins TECHER me passer, non sans la promesse de se retrouver plus tard. Chacun profite de ses qualités pour évoluer à sa vitesse, inutile de prendre des risques.
La nuit est fraîche, j’ai bien transpiré, et avant de me trouver à découvert, j’enfile ma petite veste coupe vent LAFUMA. Le confort est immédiat, et je me félicite de ce moment de lucidité pour me préserver en économisant de précieuses calories.
Courir sur les scories est toujours un moment ludique. Les dérapages sont fréquents, les appuis instables, je prends ça pour un jeu, toujours positif dans ma tête.
Je dois être dans les 15 premiers, accompagné par Thierry CHAMBRY, et la vue lointaine du volcan en éruption occupe mon attention.
C’est l’événement de cette édition 2010, quelle chance ! A vouloir le voir de près, nous nous trompons à plusieurs reprises de chemin, ce qui n’est pas extraordinaire en soi tant il s’offre de possibilités sur ce plateau lunaire où le brouillard s’invite.
Les explosions sonores sont les seuls bruits couvrant celui du vent soufflant dans mes oreilles.
Le spectacle est pour moi de courte durée, car le brouillard s’installe pour de bon.
Je laisse derrière moi la brume qui clignote au gré des éruptions, et me concentre sur le chemin piégeux. Les scories ont fait place à de gros cailloux semés dans un savant désordre.
Pas facile de courir d’un bon rythme. Je me dis que nous sommes tout de même à 2 400m d’altitude, c’est donc excusable.

Le ravitaillement du volcan est là, il palpite de vie, et j’y retrouve Anne, après 4h02, un très bon temps, en 12ème position, excellent pour moi. Sans précipitation, Anne verse la dose de boisson calculée à l’avance, et me donne un peu de recharge alimentaire.
Je repars, en même temps que Thierry, tandis qu’Hervé caracole avec Kilian à 15 minutes, suivis de Pascal. Les bougres n’y vont pas de pied mort !
L’oratoire Sainte Thérèse se passe comme un rien et je réalise que cette année, la nuit nous accompagnera bien loin, car le départ était avancé de 2h par rapport aux 3 dernières éditions.
La descente qui suit me convient à merveille, très technique, on choisit quasiment son tracé, guidé par des rubalises fixées tant bien que mal dans les rochers et les arbustes rabougris.
Je passe Piton Textor 10ème, m’étant détaché de Thierry et ayant dépassé un autre coureur. Je suis vraiment bien en jambes, descendant souplement et rapidement sur le mono sentier menant à Mare à Boue. J’ôte ma veste en trottinant, sans enlever ma frontale. Ça me vaut de me retrouver à pester, la frontale arrachée se promenant dans une manche, et arrêté pour de bon. Mauvais calcul : c’est ça de vouloir grappiller des secondes !
Je reprends le chemin, apercevant Vincent DELEBARRE non loin. Petit à petit, je le rejoins. Il savait que c’était moi, pour l’avoir rattrapé doucement. On finit par se connaître !
Sans nous en douter, c’est le début d’un long duo.

Nous parvenons à Mare à Boue. Hervé est juste devant, pas bon ça … La suite est une sacrée surprise. La descente de Bélouve est extrêmement dure. Cette jonction, que je croyais reposante, se transforme en moment clef de la course par son cumul avec la montée du Cap Anglais.
Je m’adapte, pas le choix, et c’est à 4, avec Vincent, Hervé et Jesus Maria ROMON que nous trottinons, marchons, descendons en nous accrochant aux branches, en faisant gaffe où nous posons les pieds un mètre plus bas.
C’est amusant, mais gare à la dépense d’énergie. C’est le plus mauvais moment pour évoluer dans un sentier aussi scabreux, entre chien et loup. Enfin, le soleil se lève, salué par des centaines de gazouillis d’oiseaux invisibles. De toute façon, pas question de lever le nez du sol et me retrouver les 4 fers en l’air !
Passé ce redoutable chemin, la descente vers Hell Bourg est beaucoup plus aisée, quoique assez semblable à celle de Cilaos. ROMON décroche, Hervé aussi, et nous continuons tranquillement, Vincent et moi.
Je trouve que nous ne chômons pas sur cette partie, libérés des chaînes de Bélouve.

Hell Bourg : le soleil annonce la couleur. Il fait bien jour, et bien chaud également, ce qui va rendre la gestion alimentaire décisive. Les compères TECHER se ravitaillent et nous les rejoignons. Thierry ne pensait pas me voir si tôt, et il en prend la poudre d’escampette, suivi par son cousin Richard. J’ai idée que je ne les reverrai pas dans la montée du Piton des Neiges.
Bon, c’est pas tout ça, je prends 2 soupes, un peu plus d’eau que prévu pour faire face à la montée du mercure, et je m’attaque au Cap Anglais. La première partie permet de courir, à condition de bien viser pour poser les pieds dans le peu d’espace que laissent les racines. A croire qu’elles ne trouvent rien à manger ailleurs que sur le sentier !
Vincent et moi adoptons une bonne allure, nous relayant pour la maintenir. Bientôt, la seconde partie de l’ascension capte toute notre attention. Il faut s’aider des mains pour passer les plus gros blocs, et relever la tête pour trouver la trajectoire. C’est hyper raide !
Plus haut le ballet des hélicoptères bourdonnant autour de la tête de course, dure depuis plus d’une demie heure. C’en est presque fatigant dans ce lieu qui aspire à la tranquillité.
Enfin ils disparaissent, et nous n’entendons bientôt plus que notre respiration, marquée par les à-coups du terrain. De temps à autre, je fais mes exercices respiratoires pour renouveler profondément l’air et éviter de contracter le diaphragme.
Nous atteignons le plateau, mais nous ne sommes pas encore au bout de nos peines, car il nous reste bien 4 km de douce montée pleine de blocs -c’est une manie ici- pour rallier le ravito de la Caverne Dufour, sommet tant attendu.
Là, le paysage est éblouissant. Il n’y a pas âme qui vive, juste des vagues de végétation, des déferlantes d’arbustes au feuillage vif et au branchage couvert d’un lichen argenté. Cette mer végétale, perchée à 2 500 m, invite à la contemplation. Point d’écume, à part au coin des lèvres, point d’horizon, juste l’amorce d’une fosse, celle de Cilaos.

Le ravitaillement est le bien venu. C’est le moment de faire un point. Devant, Kilian et Pascal sont à 35 minutes, les TECHER à 13, j’occupe la 7ème place. C’est absolument super, pour moi qui patiente jusqu’à Cilaos pour en mettre un bon coup.
La descente pour Cilaos est un régal, raide mais peu technique, encore un passage délicat niveau gestion. L’ombre bienfaitrice des Kriptomeria ajoute un peu de confort. Et celui-ci est le bienvenu, car la montée précédente m’a vu sur le fil au niveau alimentation, chaleur et sucré ne faisant pas bon ménage dans ma petite personne. Vincent ne suit plus.
De petits espaces dans la frondaison des arbres inférieurs offrent subrepticement une vue plongeante sur Cilaos. Comme c’est encore loin !
Comment peut-on courir ainsi, crapahuter une nuit durant, hisser son corps sur des sommets tantôt glacés tantôt cuisants, bondir, slalomer, s’agripper, l’esprit toujours plus loin, comme détaché du corps, en quête d’un Graal insaisissable, une vague ligne tracée sur la piste d’un stade lointain ?
Mais l’ordinateur de bord est bien programmé, et, sans douleur, j’atteins le Bloc, où une foule enthousiaste et sympathique m’encourage. La route goudronnée passée, j’entre dans le stade de Cilaos.

Anne est déjà partie au pied du Taïbit, pour ravitailler un Pascal ailé, défiant l’attraction terrestre. Echange de bons procédés, c’est Eléonore, sa compagne, qui s’occupe gentiment de moi. Soupe, resoupe, mots d’encouragement, la transmission d’énergie a fonctionné, et je repars pour un autre challenge, le podium.
Toujours 7ème, je file vers Bras Rouge et remonte vers le pied du Taïbit, m’arrêtant à chaque ruisseau pour me tremper, espérant baisser ma température corporelle, gage d’une meilleure digestion.
J’alterne marche et course, croisant de nombreux promeneurs, accompagnants et autres spectateurs venus nous soutenir.
Pas de doute, ça booste, merci mille fois, et merci à tous ceux qui, en suivant notre périple derrière leur écran et à l’écoute de la radio, véhiculent sur les ondes une énergie ambiante précieuse. C’est énorme !
Le pied du Taïbit, vu d’en bas, ne chausse pas grand, mais l’impression est trompeuse, il est simplement très loin…
Pour ceux qui nous y attendent, le point de vue est sans doute idéal pour suivre notre lente progression. Pour l’heure, je n’en perçois que quelques cris d’encouragement, destinés à un prédécesseur, mais lequel ?
Finalement, j’y suis, heureux, la casquette dégoulinante du dernier trempage, le tee shirt aussi, et le short, dans un mélange de sueur et d’eau saumâtre, mais avec un large sourire quand même.
Il n’y aura bientôt plus personne pour se soucier de mon apparence, car Mafate m’ouvre les bras.
Je me rapproche de Freddy THEVENIN et de Dawa, pour qui la chaleur doit être un supplice.
Univers plus que sauvage, Mafate ne permet pas l’erreur, encore moins la défaillance. Ça tombe bien, je me sens très bien, tandis que j’accentue l’allure, avec modération s’entend. Un tuyau d’arrosage diffuse son eau bienvenue dans pareille fournaise, et je m’en asperge presque entièrement, prenant garde de ne pas me mouiller les jambes pour éviter les crampes. Par précaution, je n’utiliserai plus que des gels GO2 anti-crampes jusqu’au soir.
Au sommet, j’aperçois les 2 coureurs. Ils filent dans la descente, trop vite à mon goût. J’attends mon heure …

Passé Marla, je me sens de nouveau limite au niveau digestif. Je temporise, alors que je rejoins un Dawa en délicatesse lui aussi. Freddy THEVENIN ne semble pas au mieux non plus.
Cette Diagonale n’épargne personne, pas même Kilian qui, bien qu’en tête à près d’une heure, affiche apparemment un visage marqué.
Dawa accélère un peu, et je reste en mode éco. La descente sur Roche Plate est à son avantage, mais je le retrouve attablé au ravitaillement.

J’y suis accueilli par Anne-Marie, une amie fidèle sur le Grand Raid, toujours présente à ce poste.
Aux petits soins pour moi, elle a les gestes sûrs, à un moment où le manque de lucidité pourrait m’être préjudiciable.
La chaleur est encore oppressante, mais au loin, le ciel semble grisâtre, ce qui pourrait être salvateur.
Sur cette idée réconfortante, et avec l’annonce d’un Richard TECHER qui décroche, ou qui s’accroche, je reprends ma route.
Les 2 soupes riches en pâtes m’ont fait un bien fou.
Je profite même du décor, et il vaut le coup, tandis que je m’approche d’Ilet des Orangers. Rivières, parois verticales, gorges étroites, rochers, le sentier ne nous épargne pas, décidé à marquer les organismes de son empreinte Mafatique.
Me voilà dans les talons de Richard. Il ne les décolle plus guère, semblant traîner des boulets dans son sillage. Je prends le temps de discuter avec lui. Diaphragme bloqué, manque d’énergie, je lui indique les mouvements respiratoires adéquats pour débloquer tout çà, mais il est dans un autre monde, perdu dans ses pensées de raideur fourbu, affichant cependant sa volonté de passer l’obstacle, refusant de capituler pour un caprice de son organisme.
Je suis admiratif, et je lui dit que j’y crois, qu’on se verra à la Redoute, c’est sûr. Allez Richard, tu tiens le bon bout.
Cette fois c’est bon, le soleil est derrière une bonne épaisseur de nuages, la température a franchement diminué, et j’en ressens comme un second souffle. Toute l’énergie emmagasinée pendant des heures se diffuse dans mes jambes à mesure que les minutes défilent. Et je ne tarde pas à entrer dans le défilé de la Rivière des Galets.
Le jeu consiste à présent à franchir à gué la rivière, à plusieurs reprises. Entre deux passerelles faites de blocs surnageants, c’est d’un petit trot sur sol sableux que j’avance méthodiquement.

L’attroupement du ravitaillement marque, en même temps que la courte pause, la fin de la traversée de Mafate. L’accueil y est chaleureux, l’effervescence règne, et si je n’étais pas au courant des écarts, me voici informé. Thierry TECHER est passé deuxième, au profit d’un Pascal mal en point me dit-on, et Dawa n’est qu’à 8 minutes.
Je me sens en super forme, et à la question d’un journaliste, je réponds que je vais grimper Dos d’Ane moyen moyen, me réservant pour la suite.
C’est la première fois que je passe cette portion de jour. La paroi, bien que boisée, laisse entrevoir un sentier extrêmement raide, où il est fréquemment conseillé de s’aider de cordes pour se hisser. 700m+ en 4 km, sachant qu’à plusieurs reprises on redescend, ça donne une idée du pourcentage…
Je monte bien, veillant à ne pas m’emballer. La tentation est pourtant grande, car de nombreux promeneurs m’annoncent Dawa tout proche et la tête de course pas au mieux, exception faite de Kilian qui caracole à près d’une heure.
J’évite d’absorber quoi que ce soit afin de ne pas rompre le bon équilibre du moment, sachant Dos d’Ane à quelques minutes. Je sors enfin du sentier, acclamé sur la route jusqu’aux abords du ravitaillement. J’y vois Pascal. Il marque une pause prolongée, un bon calcul pour le finish qui s’annonce encore long.

Je ne traîne pas, courant vers la route bétonnée en direction de la Possession. 8 km de descente, juste ce qu’il me faut pour combler les 7 et 10 minutes me séparant de Dawa et de Thierry TECHER. Je reste souple, profitant de cette section facile.
J’aperçois les deux coureurs dans le chemin de la Kala, puis je prends la tête du groupe. Me voici 2e après une remontée de 18 heures. Tous les deux me suivent, puis Thierry décroche avant la dernière descente, tandis que j’allume ma frontale. Le sentier est droit dans la pente, truffé de cailloux rendant les appuis délicats. L’effort est rude, les jambes encaissent, les pieds chauffent, et le retour au calme est le bienvenu en bas.
Nous filons maintenant très vite, accompagnés par un cycliste jusqu’au point de ravitaillement. Dans l’obscurité, je sens l’interrogation parmi le public. Puis, la lumière des lampadaires leur permet de donner un nom à nos visages. C’est la surprise.
A quelques centaines de mètres de la mer, il nous faudra pourtant regagner la montagne une fois de plus. Mon attention est ailleurs, portée sur le détail du chemin à parcourir.

Après un bref arrêt, je quitte les lieux en vitesse. Dawa à mes côtés, nous courons à 13-14 km/h sur la route, jusqu’au pied du chemin des Anglais.
J’ai reconnu cette partie jusqu’à Grande Chaloupe, je sais donc à quoi m’en tenir. 4 bosses et une dernière descente technique sur un amas de dalles volcaniques enchevêtrées. Dès les premiers mètres d’ascension, Dawa accuse le coup. Nous pensions terminer à deux, mais c’est impossible. Tandis qu’il s’assoit, je repars d’un bon pas, non sans lui avoir demandé s’il avait besoin de quoi que ce soit. L’ultra réserve bien des surprises, à l’instar de Lionel TRIVEL, contraint d’arrêter à la Possession quelque temps plus tard à cause de douleurs insupportables. Le classement par équipe sera donc compromis, mais cela je l’ignore à cet instant.
Me savoir second derrière Kilian me donne une énergie inépuisable. La descente scabreuse est avalée facilement, et j’arrive à Grande Chaloupe.

L’ambiance est festive, je me ravitaille correctement, ne négligeant pas la soupe, et je quitte Anne une dernière fois avant la Redoute.
Apparemment il y aurait du débalisage sur la partie suivante, ce qui décide les pompiers à m’envoyer un coureur pour me guider jusqu’au sentier de la Fenêtre. La longue montée est très belle de nuit. Ma frontale éclaire très loin le chemin pavé de pierre de lave, que des joints d’herbes sèches égayent de leur jaune vif. La nuit est étoilée.
Cette atmosphère paisible contraste avec mes pensées tumultueuses. Je suis sur la fin de mon parcours, que toute l’attention portée sur la gestion a rendu difficile, concentré que j’étais. A présent que j’entrevois la fin, je me relâche, libérant le reste de mes calories dans un dernier effort. Je laisse libre court à mes pensées, tout à la joie de cette future réussite, palpable, mais encore sous la menace d’une remontée aussi possible qu’improbable.
J’en remets une couche, courant et courant encore, tout en entrant dans le village de Saint Bernard. De là, je suis escorté par une voiture et un coureur sur les 4 km de route gravillonnée.
Un petit garçon me tend un papier et un stylo. La signature de Kilian y figure déjà. Je signe à mon tour, et il repart avec son trophée, tout heureux.
Un couple m’accompagne également, penché sur un tandem. Ils m’indiquent que j’avance à 6-7 km/h, pas bien vite, mais toujours plus efficace qu’un 4-5 km/h à la marche. Je maintiens ce petit trot dans la côte et parviens enfin au début du sentier menant au col de la Fenêtre.
Je me retrouve seul, avec quelques grenouilles par ci par là pour rompre la monotonie. Ça grimpe encore, mais mon esprit me projette déjà dans la descente de Colorado, mon dernier plaisir avant le stade de la Redoute.

Je suis presque surpris par les lumières du point de contrôle, où il m’est impossible de savoir avec exactitude l’écart avec mon nouveau poursuivant Thierry TECHER.
Je me prends à être un peu anxieux, tandis que je crapahute sur la trace vallonnée menant au Colorado. La forêt, très dense, masque le ciel. Le silence est juste rompu par le bruit de mes pas et les coups sourds de mes pulsations cardiaques. Combien en faut-il pour boucler un Grand Raid ? Mieux vaut ne pas savoir, ça donnerait le vertige !
Je sors enfin de cette forêt, et, au détour d’un ultime bosquet, les lumières vives du ravitaillement emplissent tout l’espace, tout mon espace réduit à cette vision, à cette attente. Synonyme d’une délivrance proche, c’est comme si c’était gagné. Je sais à ce moment qu’on ne me rattrapera plus.
Le visage rayonnant, si tant est qu’il puisse l’être après 24 heures d’effort, j’entre dans l’aire de ravitaillement, y prends un verre de coca et me sauve pour le dernier round. Il y a encore du monde à cette heure tardive, et pour la énième fois je me prête à la séance photo. C’est vraiment une course particulière ici !

J’attaque le sentier technique que la pleine lune rend moins austère. Je fixe attentivement le faisceau de ma frontale RXP Petzl, excellente pour faire ressortir le relief.
Même d’un bon rythme, le temps me paraît long, je languis d’arriver.
Les spots du stade me font croire la fin toute proche, mais de nuit, les distances sont trompeuses.
Lacet après lacet, les émotions m’envahissent. L’énormité du parcours m’apparaît alors, et la joie d’en venir à bout grandit en moi, décuplée par la réussite de mon challenge, être dans les trois premiers pour la troisième fois. Avec ma 4e place en 2008, ça me fait un beau cumul !
Une dernière série de rochers à contourner, et me voici à longer les abords du stade de la Redoute, félicité par de nombreux spectateurs, 1h20 après Kilian.
J’entre dans le stade, heureux, en état d’apesanteur, porté par le public réunionnais si chaleureux. En quelques mètres, ce sont 163 km qui remontent à la surface de la conscience, des milliers de pas, des milliers d’images, des milliers d’encouragements, des doutes, des certitudes, et toujours cette ligne imaginaire si lointaine.
Encore quelques mètres, elle est là, cette ligne, et je ne lui accorde plus d’importance, car une autre la remplacera, plus lointaine encore, plus inaccessible, gage de belles aventures…









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anais

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MessageSujet: Re: récit d'antoine à la réunion.   Ven 5 Nov - 15:35

quel beau récit et surtout quelle belle course! félicitation antoine! Very Happy!!!bon courage pour tes prochaines courses et continue de nous faire réver! Laughing
a bientot
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Eric du Caroux

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MessageSujet: Re: récit d'antoine à la réunion.   Dim 7 Nov - 11:01

Ça semble toujours aussi facile en lisant tes CR; merci Antoine de nous décrire tes exploits avec tous ces détails qui chacun pourrait nous être profitable lors de nos plus humbles essais...
Encore félicitations et à bientôt!

Eric
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MessageSujet: Re: récit d'antoine à la réunion.   

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