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 recit d'antoine martinique

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michel vidal

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MessageSujet: recit d'antoine martinique   Lun 10 Déc - 22:50

La Transmartinique 2012
Pour un dernier voyage destiné à clôturer la saison, exotique et
sportif, rien de telle qu’une bonne Transmartinique !
Comme en 2011, je décide d’enchaîner cet ultra de 133 km et
5250m+ à celui du Grand Raid de la Réunion. Les six semaines
d’intervalle ont été consacrées au repos, aux petits entraînements,
puis à un bloc de préparation suivi à nouveau de repos. J’ai tout de
même quelques interrogations sur ma récupération profonde en
posant le pied sur l’île le dimanche 25 novembre, ce qui ne
m’empêche pas de rester détendu. Je prendrai la course comme elle
viendra !
Pascal BRISARD m’accueille à l’aéroport, je retrouve d’autres membres de l’organisation eux aussi
marqués par ces derniers jours de travail de fou ! Organiser demande un investissement complet à
quelques jours du départ. Ils prennent cependant le temps de m’offrir un pot d’amitié, puis je prends
la direction de l’hôtel en compagnie de Sébastien BUFFARD et de son amie Cécile.
Ensemble, et avec Mickaël PASERO, nous reconnaissons une partie de la Montagne Pelée, verte,
humide et ventée. Quelques vues éblouissantes sur les vagues de végétations luxuriantes se jetant
dans l’Atlantique nous arrêtent par instant, mais le brouillard est le gardien des lieux, ce ne sera pas
un jour d’ouverture pour nous ! Ça donne tout de même une idée du taux d’humidité qu’il faut pour
entretenir un tel paysage, et le niveau de prudence à respecter dans la descente nocturne du jour J.
Ça sent l’aventure ! De retour en bas, la chaleur nous écrase un bon coup, c’est d’ailleurs dans ces
conditions que nous nous attendons à courir bientôt. A prendre très au sérieux.
Une dernière nuit très courte à Grand Rivière, et c’est le départ, 1er décembre à 03h du matin.
Les 200 coureurs s’étirent dans la rue principale, quittant peu à peu les brumes du sommeil pour
rejoindre celles de la montagne. Nous voici lancés dans l’obscurité, petit groupe se détachant du
peloton dans l’ascension de la Pelée, Christophe LE SAUX, Sébastien BUFFARD, Patrick BOHARD,
Cédric CHAVET, Mickaël PASERO et moi. Le vent forcit à mesure que j’approche du sommet, pour
devenir assez violent. Les rubalises ont été emportées, ne restent que leurs supports. Le final
nécessite de s’aider des mains. La roche est couverte de mousse, tout est trempé, le brouillard est
épais, pourtant l’altimètre n’affiche que 1300m. Sur le petit plateau qui suit, je ne suis suivi que de
Cédric. Il vit en Guadeloupe, il est à l’aise sur ce genre de terrain compliqué, et ne craindra pas la
chaleur. J’ai le souvenir de ce passage qui me piquait les mollets. Ça recommence, impossible d’y
échapper sans protection, vue l’étroitesse de la trace. Je ne vois pas le sol, j’avance au jugé, en
espérant ne pas être surpris par une pierre ou un trou. Je m’en sors bien quand arrive enfin la
descente. Elle ne fait que 500m négatif pour atteindre une route, et c’est bien assez !
Le rythme est bon, interrompu seulement par la recherche des rubalises dont une bonne partie a
disparu dans les airs. Je veille à rester à droite dans les parties en dévers pour limiter les glissades. La
roche est une patinoire.
Fouler l’asphalte est bienvenu, j’y trouve Serge JAULIN qui filme notre passage. Nous avons couru un
petit bout ensemble sur les plages finales en début de semaine et pour l’heure, elles me paraissent
bien loin…
Premier ravitaillement, Cédric et moi n’y traînons pas, et l’accueil des bénévoles donne déjà le ton de
cette longue journée, très attentionnés, nous encourageant vivement, il n’est pourtant que 05h, ils
ont la pêche !
C’est communicatif, car nous partons d’une bonne foulée sur la route, en direction de Sainte Cécile.
Mais avant d’atteindre ce prochain poste, il faudra traverser la jungle. Nous restons très vigilants sur
notre orientation dans la ville, et en ressortons facilement. Je n’aperçois pas de frontale derrière
nous, ce qui m’étonne. Avec l’entrée dans la jungle, je pense prendre un peu d’avance, une stratégie
qui devrait me permettre d’affronter ensuite la chaleur de la journée en forçant moins.
C’est parti pour l’aventure ! C’est aussitôt étroit, glissant,
bourré de racines, d’obstacles naturels qui me rappellent
ma récente épopée à la Réunion. Je suis dans mon
élément, et à la différence de l’année dernière, la nuit
offre encore une relative fraîcheur, 26°. Le niveau d’eau
dans les rivières est très bas, ce qui permet des traversées
au sec quand on parvient à garder l’équilibre sur les
pierres de gué. Nous arrivons au ravito de Sainte Cécile.
C’est justement Cécile, l’amie de Seb BUFFARD qui m’aide.
Serge m’indique un écart d’environ 10 minutes avec le 3e
au 1er ravitaillement, je suis très surpris.
Nous entrons à nouveau dans la jungle alors que le jour se
lève. Cédric décroche vers le 30e km et j’imagine ne plus le
revoir…
Me voilà seul, à peu près au même endroit qu’en 2011. Il y a cependant du beau monde derrière,
parti sans doute prudemment, ou alors victime de la chaleur ? Je ne comprends pas trop, j’avance à
mon rythme tout en prenant plaisir dans cet environnement sauvage. Par chance, le ciel est très
nuageux, me protégeant du soleil implacable. J’espère secrètement que cela durera le plus
longtemps possible. Je passe la petite montée sévère de Bouliki quand le soleil me frappe en plein.
Ouf, ce n’est plus pareil, même si un léger vent persiste à apporter un peu de confort. Les vaches
sont couchées dans les près, pas folles.
J’approche de Saint Joseph. Je cours sur la route
dans le sens descente, c’est agréable, la vue porte
loin sur cette grande ville. De grandes bananeraies
se dessinent au loin, je sais que j’en traverserai une
bientôt, et le ciel maintenant sans nuage est
promesse de bien des coups de chaud.
J’entre dans le palais des sports où se trouve le ravitaillement du 45e km. Un contrôle médical
obligatoire avec prise de tension, de température et du taux de sucre me fait patienter 5 longues
minutes. J’aimerais en finir au plus vite, d’autant que je sens la chaleur monter en moi, je suis
soudain une vraie chaudière. Patrick BOHARD entre à son tour dans la salle. Il me faut encore me
ravitailler et l’air est lourd dans cet espace couvert. Il serait sans doute préférable de ne pas
immobiliser un coureur ici quand la chaleur sort de son corps en ébullition, ça augmente le risque de
surchauffe, je l’ai senti fortement.
Je sors de Saint Joseph, le gros du dénivelé est derrière moi, et le marathon suivant sera
déterminant pour la réussite de l’épreuve, car je n’y trouverai aucune ombre. Les pistes sont larges
et longues dans les bananiers, offrant des kilomètres gagnés facilement, bons pour le moral. Au 52e
km, Patrick me rejoint. Je me cale à son rythme, ce qui me demande un temps d’adaptation, tout en
échangeant sur ce début de journée. C’est bien sûr la chaleur qui nous inquiète. Je lui indique ce qui
nous attend, nous abordons plein de sujets, bref, nous sentons que nous allons passer un bon
moment ensemble et cela nous rassure, car l’orientation dans les bananiers demande une attention
particulière. C’est un labyrinthe pourtant bien balisé, mais le soleil éblouissant réverbère sur les
feuilles luisantes, qui rend difficile de distinguer les rubalises. Nous n’hésitons pas à nous arrêter sur
certaines fourches, pour repartir certains du chemin. La quantité de régimes est impressionnante, le
nombre de plants astronomique. Pourtant, cette culture est récente en Martinique, du moins de
manière intensive. Elle remonte à 1930. Auparavant, la banane plantain était cultivée pour les
besoins personnels, et plus loin encore dans l’histoire de l’île, à la triste époque de l’esclavage, les
hommes qui travaillaient la terre pour un propriétaire avaient droit de cultiver quelques bananiers
sans rendre de compte. La banane représentait une certaine liberté.
Aujourd’hui, je me sens plutôt enfermé dans ces grandes parcelles, tout en goûtant la liberté de
courir encore et encore.
Nous voici au Lamentin, km 60, en 7h48’, au moins ¾ d’heure d’avance sur 2011 ! La raison principale
est le terrain sec cette année. Patrick avance rapidement quand le profil est plat ou descendant. Je le
suis tout juste dans ces parties-là, et me dis qu’après cet ultra je prendrai bien le temps de me
reposer.
Jusqu’au François, soit le 75e km, nous traverserons encore des bananeraies, des champs de cannes,
des espaces qui demandent de courir longtemps. Nous subissons la forte température, réduisant peu
à peu l’allure pour ne pas attraper un coup de chaud. Au François, nous apprenons que Sébastien
s’est perdu après Saint Joseph, trop longtemps pour reprendre la course, c’est bien dommage alors
que nous n’avions que 5 minutes d’écart.
A partir du 80e km, nous demandons régulièrement aux habitants un tuyau d’arrosage pour nous
doucher. Quel bonheur ! A cinq reprises nous nous
rafraichissons ainsi, sur les fortes pentes bétonnées
du Vauclin. Ces rues à 25% sont étonnantes, la
marche s’impose. Nous profitons des vues,
regardons les habitations, les arbres chargés de
fruits. Perché dans un grand citronnier, un homme
s’aide d’un bambou pour décrocher les derniers
fruits inaccessibles, et dire que chez moi c’est
l’hiver…De hautes herbes envahissent tout, et le balai des débroussailleuses nous suit jusqu’au
sommet.
Au point d’eau « la Ferme au Coq », nous avons la surprise du retour de Cédric CHAVET à l’instant de
notre départ ! Quel effort sous cette chaleur ! Nous grimpons le chemin des croix en vitesse, puis
descendons en direction des bananeraies. Nous retrouvons un bon rythme, car le soleil perd de son
intensité. Il est 15h lorsque nous pointons au stade du Vauclin, soit 12h de course.
Je récupère mon sac assistance pour changer chaussettes et chaussures Speedtrail, et me charger de
barres et gel pour le dernier marathon côtier. Sébastien et Cécile m’aident, c’est vraiment gentil
après la déception de son abandon. Cédric arrive à son tour lorsque je repars, je le félicite de
s’accrocher ainsi. Après deux km, je rejoins Patrick parti plus tôt, puis nous prenons la direction des
éoliennes. Le secteur est vallonné, avec quelques prairies. Ça commence à sentir l’iode, accompagné
d’un air plus frais. Nous abordons ensuite une piste caillouteuse menant directement au bord de
mer. J’apprécie de courir de jour ce que je parcourais de
nuit l’an passé. La côte est vraiment belle, le sable blanc
ourlant les bleus marins lorsque la mangrove ne l’engloutit
pas entièrement. Le jeu consiste à présent à suivre le rivage
au plus près, passant du sable mou à la mangrove, ou
parfois à un sentier rocheux. Il y a peu de dénivelé, nous
courons sans cesse, même à petites foulées. Les crabes
stationnent à l’entrée de leurs trous, attendant la nuit pour
s’éparpiller sur les plages. Lors du briefing, j’ai entendu dire que courir sur les algues était le plus
efficace. C’est ma foi vrai, mais elles ne forment pas une ligne continue, m’obligeant à m’enfoncer
dans le sable entre leurs petits tas gris. Le GPS m’indique 8,5 km/h, ça va être long d’atteindre la fin
de chaque baie !
Heureusement, les incursions dans la mangrove
soulagent l’organisme. Le balisage y est parfait. A
Cap Macré, 106 km, j’aperçois Cédric à quelques
centaines de mètres derrière, avançant visiblement
bien sur le sable. A cette allure, il nous rejoint à Cap
Méchant. Nous nous ravitaillons à trois, puis nous
allumons nos frontales avant d’entrer dans la
pénombre de la mangrove, il est 17h50 environ.
Cédric a fourni un gros effort pour revenir, c’est admirable, quel mental d’avancer seul si près de
nous pendant des heures sans pouvoir coller pour de bon. C’est fait à présent, et nous slalomons
dans la végétation goulue, où racines et branchages s’enlacent comme des serpents.
L’aménagement de cette partie marécageuse est tout récent, les passerelles en bois parfaitement
lattées. Les grenouilles s’égosillent, les palétuviers se tortillent, les crabes fourmillent, mais les
trailers ne sautillent pas, leur dernière énergie ils gaspillent.
Ça sent l’arrivée, j’indique les kilomètres restants, j’encourage pour nous trois, la chaleur nous
épargnant un peu, sans doute 28°. Nous abordons un secteur plus sec, où de nombreux mancenilliers
aux troncs cerclés de peinture rouge perdent leurs petites
pommes toxiques. Ces arbres sont dangereux, surtout par
temps de pluie où il est formellement déconseillé de
s’abriter sous leur feuillage, au risque de subir de sévères
brûlures. Cédric s’écorche méchamment le bras sur un fil
barbelé au passage d’un grillage. Nous sommes encore à
3,5 km d’Anse Prune où le ravitaillement abrite peut-être
des secours. Mince, c’est une belle entaille qui nécessite
des points. Il continue en pliant davantage le bras, et l’hémorragie semble se stabiliser. Nous
avançons prudemment mais régulièrement. Finalement, Cédric pense que ça attendra l’arrivée. Nous
prenons notre temps à Anse Prune. Pour ne pas changer, je mange de la banane et bois un verre de
coca mélangé à de l’eau. C’est pour moi une bonne alternative à l’assistance. Plus que 7 km que je
connais bien pour les avoir reconnus en début de semaine. Nous longeons des marais salés où j’ai
assisté à la pêche aux crabes. La technique toute simple consiste à planter une canne en bambou
dans le sable, au bout de laquelle pend un fil plongé dans l’eau, avec pour appât un morceau de
poulet entortillé de fil en désordre. Le crabe s’emmêle les pinceaux dedans. Il ne reste qu’à relever la
ligne ! Je mangerais bien du crabe tout à coup, j’ai faim, il me tarde d’arriver. Nous décidons de
terminer ensemble, pour le plaisir de continuer jusqu’au bout ce que nous avons vécu pendant de
nombreuses heures, et pour la beauté de notre sport.
Nous sommes escortés par les organisateurs et la police municipale dans Sainte Anne, au milieu des
rues animées par ce début de soirée. Enfin, nous foulons nos derniers mètres main dans la main,
sous les acclamations du public. Quelle satisfaction de terminer la saison de cette façon, dans le
partage et la réussite, après une excellente journée de sport, éreintante et magnifique. Je suis cuit à
point, et il fait encore chaud ! Je pense alors à mes amis qui courent la Saintélyon dans la neige, nous
sommes fous, le monde aussi !
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